Charles Fréger

Charles Fréger se fait depuis près de vingt ans le portraitiste des communautés. Par le biais de l’inventaire photographique, il dresse les typologies de manières d’habiter sa communauté d’héritage ou d’élection. Signe visuel d’appartenance et de ralliement, l’uniforme, sinon le costume, du plus protocolaire au plus “sauvage”, constitue le motif central de son œuvre.

C’est sous le titre explicite de “Portraits photographiques et uniformes” qu’il abrite ses quelques cinquante séries réalisées depuis 1999. Dans ce vaste corpus, le vêtement est seconde peau, “peau” parce que l’individu le fait sien, “seconde” parce qu’il revêt avec lui un autre soi ; le vêtement, donc, comme un espace de projection dans un ailleurs, historique, géographique ou culturel.

charlesfreger.com

 
 

SCHOOL CHALO

NEW DELHI / INDE, 2016
réalisé DANS LE CADRE DE LA COMMANDE VOYAGE ORDINAIRE

Réalisé en août 2016, le projet “School Chalo” prend place à New Delhi, dans le quartier central de Chandni Chowk, aux abords de douze écoles. Le photographe embrasse ici au sein du même cadre la dimension collective, réalisant non plus des portraits individuels mais de groupes. Des enfants en plus ou moins grand nombre, un adulte et un rickshaw, une bicyclette ou une moto : voici les équipages photographiés, suivant ce même protocole de prises de vues adopté quelque vingt années auparavant. Soit une manière posée et théâtralisée, soignant les attitudes autant que le choix de l’environnement.
D’une image à l’autre, d’un rickshaw à son acolyte peint aux couleurs d’une autre école, d’un conducteur à l’autre, de turbans en tuniques, on devine castes et appartenances religieuses. à côté ou à bord de leur véhicule, ces figures forment un instantané de la société contemporaine de New Delhi.

 

 
 

bretonnes et autres silhouettes

exposition présentée au festival cargo 2025

Associant une galerie de portraits issue de la série Bretonnes réalisée par Charles Fréger entre 2011 et 2014, à une sélection d’œuvres plus récentes du photographe, l’exposition propose une généalogie de son travail sur la silhouette, porteuse d’une réflexion sur la construction des imageries historiques et régionales.

Bretonnes
Pour appréhender son sujet, le photographe arpente un territoire défini par les frontières géographiques de la Bretagne historique. Il choisit patiemment et précisément le paysage dans lequel le modèle s’installe et invariablement y dispose préalablement un cadre, celui d’un filtre grandeur nature, dont résulte cette texture ouatée si particulière. Des jeunes filles parées de coton amidonné et de dentelle, en coiffes de travail ou de cérémonie, posent devant ce fond, planté en plein champ, sur le flan d’une église de campagne ou solidement arrimé sur un plateau venteux de bord de mer. Derrière elles, souvent, s’affairent leurs paires, enfants ou mères, cousines ou amies, maintenues à distance dans une brume cotonneuse. Dans ce constant aller-retour entre le particulier et son tout, si caractéristique de l’œuvre de l’artiste, les photographies sont tout à la fois portraits et scènes de genre et associent dans un même cadre le détail d’une dentelle ouvragée aux contours monumentaux d’une silhouette.

… Et autres silhouettes
Poursuivant sa recherche sur l’émergence d’une silhouette monumentale, se détachant de plus en plus de son environnement, Charles Fréger entame à la suite des Bretonnes, en 2015, un corpus de silhouettes photographiques qu’il ne cesse d’enrichir. Essentialisant la figure à ses contours, éteignant graduellement ses couleurs par désaturation progressive, le photographe se concentre sur l’histoire des représentations, les imageries et leurs circulations dans la culture populaire. Ainsi à la figure de la Bretonne, succèdent celles de ladite « Hirondelle » du pays basque traversant les Pyrénées pour trouver du travail et subvenir aux besoins de la famille, de l’Alsacienne incarnant les déchirures de l’histoire ou plus récemment de la Normande en coiffe et au travail des champs.