Claude Nori

Claude Nori, né en 1949 à Toulouse, d’origine italienne, photographie depuis 1967 et publie son premier livre  préfacé par Agnes Varda Lunettes aux éditions Contrejour qu’il crée pour l’occasion. Depuis, il exerce son activité d’auteur par une succession de livres et d’expositions autour de l’adolescence, de la poésie balnéaire, de l’Italie et de la « photobiographie ». Il publie de nombreux livres  comme Vacances en Italie,  la Géométrie du flirt, Biarritz Paradiso et deux romans : Une fille instantanée et Un photographe amoureux. Claude Nori expose dans de nombreux festivals et institutions en France et à l’étranger. Une rétrospective à la MEP en 2012 consacre son travail de photographe et d’éditeur. En 1999 il s’installe à Biarritz avec son épouse Isabelle pour créer le festival Terre d‘images et prolonger la maison d’édition. Il fait partie de la galerie Polka à Paris où il expose régulièrement.

Éditions Contrejour

 
 

Photographie, documents d’archives personnelles & vidéo présentés au festival cargo 2026

C’était un temps nous étions sur les plages. L’amour blessait au cœur les fous comme les sages.
Guillaume Apollinaire

« À partir de 1982, je décidais de photographier les bords de mer italiens, ceux où je fus heureux avec mes parents, la plupart du temps de petites cités balnéaires, construites sans prétention avec des immeubles dans la plus stricte architecture des années soixante, des terrains vagues, un centre commercial et une boîte de nuit à ciel ouvert. Elles n'avaient rien de particulier qui vaille d’être remarquées dans les guides touristiques. Par la suite j'ai étendu mon regard aux destinations mythiques, aux villes aux noms évocateurs, Capri, Naples, Portofino, San Remo ou Stromboli, dont on avait composé des chansons ou qui servirent de décor à des films néoréalistes. Je m’étais rendu compte que le territoire particulier des bords de mer, l’activité qui se déroulait sur la plage en été constituait vraiment un concentré de culture italienne, un rituel social à travers lequel s’exprimait avec le plus de force son art de vivre.

Enfin libérés des contraintes du quotidien, il me semble que la peau en faisait voir de toutes les couleurs. Les enfants construisent des châteaux de sable, creusent des galeries imaginaires, se couvrent de sable. Les adolescents cachent à peine leurs émois sur des serviettes de bain, en couple ou à plusieurs. Les parents plus prudents se cachent sous des parasols, se mettent à l’abri. La plage est un terrain de sport, parfait pour saisir le mouvement, les corps lancés autour d’une balle. Je m’y suis coulé facilement à la fois comme un élément de la scène et un observateur amusé.

Je me suis enfin installé à Biarritz au bord de l’océan. J’aimais la métaphysique de ses bâtiments art-déco et les lumières changeantes. La puissance des vagues océaniques qui, contrairement à la Méditerranée, nous force à les aborder de face, à plonger en leur sein, deviennent une sorte de fête foraine pour les touristes de passage. Photographiquement, la plage est devenue pour moi une sorte de purgatoire entre l’enfer et le paradis, passeur de créativité à l’écoute du temps et des saisons. De photographie en photographie, de livre en livre, je redéfinis ses contours mouvants, les souvenirs qui la traversent, les amis photographes avec lesquels nous foulions le sable aux confins d’un monde infini. Je me laisse emporter par un flux d’images et les tubes d’un été qui nous submergent tels ces enfants qui écoutent la mer dans un coquillage pour retrouver les grandes vacances. »

Claude Nori