Rodrigo Gómez Rovira

Né en 1968 à Santiago du Chili, Rodrigo Gómez Rovira arrive en 1973 en France avec sa famille qui fuit le régime de Pinochet. Après des études de psychologie, il se consacre à la photographie en autodidacte. Son premier travail porte sur le quartier où il a grandi en banlieue parisienne, à Colombes – ville pour laquelle il travaillera deux ans comme photographe.

Après plus de 20 ans d’exil en France, il embarque en 1996 pour 45 jours de traversée sur un cargo polonais afin de rejoindre le Chili. Il réalise alors les premières photographies de son pays natal, et s’y installe. Devenu correspondant en Amérique Latine pour l’Agence VU’, il reçoit en 2004 une bourse de l’État chilien pour réaliser un documentaire sur la ville de Valparaíso où il s’installe l’année suivante.

Si Rodrigo Gómez Rovira reste attaché à la dimension documentaire de ses travaux, il lui donne toujours une portée littéraire. Car, finalement, le temps et la mémoire sont au cœur de ses préoccupations et guident les assemblages d’images qu’il élabore comme des récits tour à tour poétiques et narratifs, émotionnels et descriptifs. Le livre est naturellement son mode d'expression privilégié. Une reconstruction temporaire qui offre une narration que le lecteur doit élaborer. Un passé vu sans nostalgie accompagne un présent plutot basé sur des impressions et des points de vue que sur de la matière documentaire.

Après Répertoire (2013), qui réunit les archives photographiques de son père, il publie aux éditions Xavier Barral Ultimo Sur (2019), travail hybride qui instaure un dialogue entre l'album de famille créé par son grand-père à la fin des années 30 et ses propres photographies contemporaines de la Terre de Feu. Puis il publie Anvers1996Valparaiso (2024) qui raconte son voyage de retour au Chili.

En parallèle de ses travaux photographiques, Rodrigo Gómez Rovira participe activement au développement et à la reconnaissance de la photographie chilienne. En 2000 il crée IMA (Imagen Memoria Autor) la première agence de photographes du pays et dirige depuis sa création en 2010 le Festival Internacional de Fotografía de Valparaíso.

 
 

Anvers1996Valparaíso

extrait de la série présentée AU FEstival cargo 2026

« Au début des années 1990, je travaillais pour la municipalité de Colombes comme photographe municipal. J’y ai passé deux ans. À la même époque, j’ai commencé à consulter le psychanalyste Ariel Conte.

Au bout de deux ans, les photos que je prenais pour la municipalité étaient devenues une routine, et j’étais déterminé à partir vivre au Chili. Ma famille y vivait déjà depuis environ cinq ans. C’était très étrange d’être chilien sans vraiment connaître mon pays. Je voulais découvrir le Chili à travers ma propre expérience, et non pas seulement à travers les récits des adultes qui m’entouraient pendant mon enfance.

Dans le bureau d’Ariel, il y avait une gravure en noir et blanc représentant un voilier, comme les caravelles des navigateurs du XVe siècle. La thérapie se déroulait en face à face et l’estampe se trouvait à ma gauche. Je ne l’avais jamais vraiment observée en détail.

Après deux ans, à raison d’une séance par semaine, j’ai voulu essayer de m’allonger sur le divan. J’ai ressenti une forte angoisse et je n’ai pas voulu renouveler l’expérience. Mais c’est là que j’ai vu l’estampe du bateau de face, et il m’est apparu que c’était ainsi que je devais retourner au Chili : sans précipitation. Quitter la France, naviguer – ni au Chili ni en France – puis arriver. Mon expérience sur le divan n’a duré qu’une séance, mais elle m’a donné cette idée fantastique. »

Rodrigo Gómez Rovira